Le secteur des cosmétiques confronté à de nouveaux défis techniques pour une chimie plus verte

Avec plus de 67% des entreprises cosmétiques implantées en France, le secteur des cosmétiques est un domaine clés pour l’économie française. De par ses savoir-faire variés, l’industrie cosmétique a un rôle clé à jouer dans la transition écologique [1].

Alors que les restrictions gouvernementales concernant l’écologie sont de plus en plus importantes, le domaine de la cosmétique doit innover pour mettre au point des solutions plus vertes. En effet, les réglementations liées à l’utilisation des substances chimiques évoluent, impliquant la non-utilisation de certains composés.

Réglementation REACH , de quoi s’agit-il ?

Pourquoi règlementer ?

Les règlementations relatives aux substances chimiques, mélanges et produits qui les contiennent sont de plus en plus précises et exigeantes dans toutes les régions du monde. Les différentes règlementations en vigueur visent à :

  • apporter plus de transparence sur la nature des produits chimiques,
  • améliorer la sécurité des personnes qui les utilisent ou qui sont susceptibles d’y être exposées,
  • ou encore prévenir des risques pour l’environnement.

La réglementation REACH entrée en vigueur en 2007

Afin de sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques en Europe, la réglementation REACH (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals) est entrée en vigueur le 1er juin 2007. Cette réglementation a pour but de recenser, d’évaluer et de contrôler toutes les substances entrant sur le sol européen afin de protéger la santé humaine et l’environnement contre leurs risques potentiels [2][3][4].

Lors de la création d’une nouvelle substance, la charge de la preuve repose sur l’entreprise. Elle doit identifier et démontrer comment la substance peut être utilisée en toute sécurité.

Suite à l’enregistrement de la substance, les comités scientifiques de l’agence européenne des produits chimiques (ECHA : European Chemicals Agency) identifient si les risques de cette substance peuvent être gérés. Dans le cas contraire, la substance sera classifiée comme dangereuse.

En 2021, 23 200 substances sont enregistrées sur le site de l’ECHA[2] dont 69 présentant des restrictions d’utilisation.

Et les nouvelles règlementations plus récentes

Mais la réglementation REACH n’est pas la seule, d’autres réglementations ont également vu le jour ces dernières années :

  • le règlement CLP (Classification, Labelling, Packaging),
  • puis, le règlement relatif aux produits biocides,
  • la directive sur les agents chimiques,
  • la directive sur les agents cancérigènes et mutagènes,
  • et enfin, le règlement POP (Polluants Organiques Persistants).

De plus, des normes privées ont également été développées pour permettre une meilleure visibilité de la part du consommateur et une protection plus poussée de l’environnement. Le label COSMOS (COSMetic Organic Standard) par exemple promeut

  • l’utilisation d’ingrédients cosmétiques issus de l’agriculture biologique,
  • l’utilisation de processus de production et de transformation respectueux de l’environnement et de la santé,
  • ainsi que l’intégration du concept de « chimie verte ».

Le Groupe NUXE a par exemple, pour sa marque NUXE Bio-Beauté , l’intégralité de ses produits certifiés COSMOS.

Toutes ont un impact sur la formulation

Pour répondre à ces réglementations et à l’interdiction de nombreuses matières premières, les entreprises se tournent vers des matériaux plus verts, biosourcés et non nocifs pour l’environnement. De nombreux travaux de substitution de matières premières dangereuses ou de reformulation ont été réalisés ces dernières années. Ces modifications induisent des travaux de recherche afin de conserver les propriétés organoleptiques des formulations.

Par exemple, pour la benzophénone - un filtre UV utilisé dans des crèmes solaires - le Comité d’évaluation des risques dans son avis du 11 juin 2020 propose une classification en tant que substance cancérogène de catégorie 1B. Dès que cette classification sera instaurée, l'utilisation de ces substances dans les produits cosmétiques sera interdite. Ainsi, de nombreux filtres UV ont été étudiés au cours des dernières années afin d’anticiper l’interdiction de ce composé.

L’émergence d’une conscience écologique des consommateurs

Depuis plusieurs années, émerge une véritable prise de conscience écologique des consommateurs. Celle-ci entraine une tendance à développer des produits plus respectueux de l’environnement et de la santé. De plus en plus de consommateurs se tournent vers des produits durables, naturels et ayant un impact faible sur l’environnement. Cela s’aperçoit notamment au niveau des produits cosmétiques.

Selon une étude [5], 58% des femmes déclarent regarder la composition des produits cosmétiques avant de les acheter et 66% préfèrent des emballages éco-conçus.

Les défis majeurs du secteur

Ce secteur doit donc faire face à plusieurs défis majeurs pour réussir sa transition écologique [6][7][8][9]:

  • L’utilisation de ressources naturelles renouvelables. Cela sous-entend l’intégration dans les cosmétiques de matières à faible impact environnemental, naturelles et biodégradables. Cela implique également de limiter le nombre d’ingrédients utilisés dans les produits.

L’Oréal a par exemple développé une gamme nommée Biolage R.A.W. dans laquelle l’ensemble des formules a été réalisé à partir d’une liste courte d’ingrédients excluant les sulfates, silicones et parabènes.

  • La mise en place de l’éco-conception des emballages de manière à réduire la quantité utilisée de ressources non renouvelables.

Par exemple, l’Oréal a utilisé 7 050 tonnes de matières recyclées qu’elle a inclues dans plusieurs produits de ses gammes.

Afin d’optimiser son conditionnement, le groupe l’Occitane mesure les ratios formule, emballage primaire et emballage secondaire à chaque nouveau développement de produit.

Une autre innovation développée par les fabricants de déodorants est de développer des gammes compressées.

  • L’optimisation des processus industriels et favoriser le recyclage et la valorisation des déchets pour fabriquer durablement. Cela passe notamment par une gestion de la consommation d’eau et d’énergie des processus. Plusieurs entreprises utilisent de l’énergie renouvelable et travaillent sur le développement de systèmes de récupération des eaux sur les sites de production.

Concernant le recyclage des déchets et de leur valorisation, certaines entreprises telles que le groupe Yves Rocher favorise l’utilisation d’emballages réutilisables.

Le Groupe l’Occitane valorise quant à lui ses résidus de Karité pour une utilisation comme combustible pour remplacer le bois.

Conclusion

Pour conclure, avec l’émergence de nouvelles réglementations et des attentes consommateurs de plus en plus exigeantes, les entreprises doivent innover entraînant des challenges techniques majeurs.

Laurie BEAL
Amélie GOUSSEAU
Consultantes - ABGI France


Références sectorielles

[1] FEBEA : Le secteur en chiffres

[2] Conformité règlementaire

[3] Ecologie et règlementation REACH

[4] European Chemicals Agency

[5] Les chiffres clés de la beauté et marché des cosmétiques en 2020.

[6] Les Horizons. Le secteur de la cosmétique à l’heure de la transition écologique. Le 3 septembre 2019

[7] Écoconception et recyclage en cosmétique : 4 innovations marquantes.

[8] Ademe : Economie circulaire

[9] Fédération des entreprises de la beauté. Economie circulaire et secteur cosmétique. Mars 2018

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