L’impact des outils numériques sur le cerveau

L'impact des outils numériques sur le cerveau
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Publié le 18 mars 2020

Depuis plusieurs décennies, les nouvelles technologies et plus particulièrement les outils numériques prennent une très grande place dans la vie quotidienne que ce soit la vie personnelle ou la vie professionnelle.

Selon un baromètre BVA, un français sur 4 possède à la fois un smartphone, une tablette tactile, un ordinateur portable et un ordinateur fixe. Chacun de ces outils modifie la façon de communiquer, de chercher des informations, d’interagir avec les autres. Toujours d’après ce baromètre, un français passe en moyenne 4 h 30 devant les écrans par jour.

Quel est l’impact sur le cerveau de cette surexposition aux écrans et aux outils numériques ?

Impact sur la concentration

 

Lien entre les notifications et la concentration

 

Mails, SMS, messages instantanés autant de notifications provenant de chacun des appareils numériques qui peuvent avoir un impact sur notre cerveau et plus particulièrement sur notre concentration. En effet, il est difficile de rester concentré(e) sur une tâche lorsque celle-ci est interrompue par une notification.

Les notifications activent notre attention automatique, celle qui a pour objectif de nous prévenir des dangers et nous aider à prendre des décisions rapides. Lorsqu’elle est stimulée, il est difficile de mobiliser notre seconde attention (l’attention volontaire) nous permettant de nous concentrer sur une tâche cible.

Le switch entre ces deux attentions peut prendre du temps, on peut alors parler de coût des interruptions. Différentes études sur le sujet rapportent un effet des interruptions sur la performance de la réalisation d’une tâche principale. Cette performance diminuerait avec les interruptions.

De plus, aujourd’hui les fils d’actualités n’ont plus de fin, notre cerveau est alors surchargé d’informations et il est devenu difficile pour lui de rester concentré. D’autant plus lorsque nous essayons de réaliser plusieurs tâches en même temps appelé le « multi tasking ».

L’impression de réaliser deux choses en même temps n’est bien qu’une impression. Caroline Cuny, enseignante chercheuse à Grenoble École de Management a mis en évidence, grâce à une étude de la Chaire des Talents de la Transformation Digitale, que lorsqu’il est submergé d’informations, le cerveau s’épuise et perd de son efficacité. Contrairement à ce qui pourrait être pensé, les limites du cerveau sont assez faciles à atteindre. Il serait donc nécessaire de prioriser les informations à traiter. Le traitement de l’information peut par la suite être planifié et ainsi les tâches à réaliser peuvent être anticipées.

 

Adaptation du cerveau aux nouveaux apprentissages

 

Néanmoins, le cerveau est plastique. On parle de « plasticité cérébrale » qui permet au cerveau de s’adapter aux apprentissages réalisés tout au long de notre vie. En effet, il a pu être montré que l’apprentissage est possible au cours de toute notre vie et que celui-ci permet de faire évoluer les différentes connexions entre les neurones présentes dans le cerveau (création ou renforcement de nouvelles connexions).

Il serait donc en capacité de s’adapter à l’usage intense des nouvelles technologies et des nouveaux canaux de communication. Mais cela signifie-t-il qu’il pourrait traiter plusieurs informations en même temps ?

Eh bien non, du moins, il ne saura pas traiter deux tâches qui nécessitent l’activation des mêmes réseaux de neurones. Il n’est donc pas possible de lire un livre tout en écoutant une personne parler et intégrer toutes les informations. Un cas fait exception à cette règle : lorsqu’une des deux tâches est automatisée, ce qui vous permet de parler ou écouter la radio tout en conduisant ou encore de lire tout en écoutant une musique que vous connaissez extrêmement bien. Dans ces cas-là, le cerveau ne traite plus complètement l’information déjà connue, il peut se consacrer à l’autre tâche en cours qu’est la lecture.

 

Impact sur la mémoire

 

Car quand on parle de cerveau, il est classique de parler de mémoire. Cette mémoire qui est impliquée dans énormément de processus de la vie de tous les jours et qui est mise en cause dans de nombreuses pathologies neurodégénératives.

La mémoire est très complexe car il en existe plusieurs types : la mémoire à long terme et la mémoire à court terme. Elles-mêmes subdivisées en plusieurs types de mémoire.

Lorsqu’on utilise des outils numériques, les informations sont traitées très rapidement. Ce traitement très, voire trop rapide, ne favorise pas la mémorisation, plus précisément la mémoire à long terme. En effet, lorsqu’une information est traitée trop rapidement, celle-ci n’accède pas au circuit de mémorisation. Elle ne peut donc pas être consolidée et retenue.

Aujourd’hui, les recherches d’informations se font principalement via internet que ce soit sur ordinateur/tablette/smartphone. Une fois l’information trouvée, nous n’allons pas nécessairement la mémoriser mais plutôt le chemin d’accès à cette information, à l’image de la mise en favori de certaine page internet que nous souhaitons retrouver rapidement. Il est alors mis en jeu un autre type de mémoire et il est nécessaire de développer de nouvelles agilités ou compétences dans l’utilisation des outils numériques.

Enfin, pour être retenues à long terme, les informations mémorisées doivent être consolidées. Cette étape de la mémorisation est entre autres réalisée au cours du sommeil. Ce sommeil peut être altéré par l’utilisation des outils numériques et plus particulièrement des écrans. Ce sujet sera traité dans un prochain article sur le sommeil.

 

Impact des outils numériques sur les digital natives

 

Qu’en est-il des digital natives ? Ces personnes nées après 1980 ont-elles plus de facilités à traiter les informations ?

Fondamentalement, leur cerveau n’est pas différent d’une personne née bien avant 1980, toutefois ses réseaux neuronaux ont évolués en fonction de leur environnement et donc se sont adaptés aux écrans et outils numériques.

Une étude [2] menée sur les effets des jeux vidéo d’action a montré que ces jeux présentent des effets positifs par une augmentation de l’attention sélective et plus particulièrement l’attention visuelle sélective.

Les résultats obtenus ne sont toutefois applicables que dans certaines conditions et l’utilisation des outils numériques ainsi que des jeux vidéo présentent plus d’effets négatifs que positifs pour le cerveau.

Il est donc nécessaire de reprendre le contrôle sur les différents outils qui nous entourent afin de préserver notre cerveau !

 

 

L'impact des outils numériques sur le cerveau 2

 

Par Charlotte TOSO,

Rédactrice scientifique chez ABGI France


Références bibliographiques

 

  • Sondage BVA Group 
  • Green, C. S., & Bavelier, D. (2006). Effect of action video games on the spatial distribution of visuospatial attention. Journal of experimental psychology. Human perception and performance32(6), 1465–1478. doi:10.1037/0096-1523.32.6.1465.
  • Altmann, E. M., & Trafton, J. G. (2002). Memory for goals: An activation-based model. Cognitive Science, 26(1), 39–83.
  • Bailey, B. P., Konstan, J. A., & Carlis, J. V. (2001). The Effects of Interruptions on Task Performance, Annoyance, and Anxiety in the User Interface. In Interact (Vol. 1, pp. 593–601). Retrieved from

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