Les comportements addictifs : que se passe-t-il dans le cerveau ?

Le 8 octobre 2020

Vous est-il déjà arrivé d’ouvrir une tablette de chocolat et de ne pas réussir à vous retenir de la terminer ? Que ce soit avec le chocolat ou n’importe quel autre aliment ou même substance, que se passe-t-il dans votre cerveau pour que vous ne puissiez pas vous arrêter ? ABGI vous propose de comprendre ce qui se passe dans le cerveau lors de comportements addictifs.Les addictions (ou dépendances) sont des envies répétées et irrépressibles de faire ou de consommer quelque chose en dépit de la motivation et d’efforts pour s’y soustraire. Elles peuvent être considérées comme une pathologie cérébrale pouvant avoir des conséquences délétères.

Les addictions peuvent à la fois porter sur des consommations de substances ou sur des activités comme les jeux vidéo, les séries ou encore les achats compulsifs.

Mais il ne faut pas confondre addiction et passion. En effet, l’addiction n’intervient que si l’envie devient irrépressible et que cela empêche d’effectuer d’autres actions prévues par exemple. Les addictions peuvent avoir de graves conséquences sur la vie personnelle ou professionnelle.

Les addictions les plus fréquentes et les plus connues sont celles relatives aux substances psychoactives pouvant être illicites (tabac, alcool, médicaments, drogues…). Ces substances provoquent un effet immédiat sur les perceptions, l’humeur et le comportement à un degré variable.

De manière globale, ces addictions concernent plusieurs millions de personnes en France.

 

Le système de récompense et la dopamine

 

Qu’elles soient dues à la consommation d’une substance ou à une action, les addictions mettent toutes en jeu le système/circuit de récompense. C’est dans les années 50 que des chercheurs mettent en évidence ce système par des expériences menées sur des rats. Ces expériences montrent que lorsque des rats ont la possibilité d’autostimuler certains neurones de leur cerveau, ils se livrent spontanément à cette activité au détriment des autres.

Ce système est mis en jeu dans les fonctions vitales (manger, boire…). Lorsque nous mangeons, cela procure un sentiment de satiété ainsi que du bien-être. Ce système a permis la survie de l’espèce : il fournit la motivation nécessaire à la réalisation d’actions ou de comportements adaptés. Il permet aussi d’apprendre sans effort des comportements ou des conduites qui procurent des récompenses.

 

Le terme récompense peut alors désigner deux choses 

 

  • Une situation d’apprentissage où un comportement devient plus fréquent, car il a entraîné un stimulus positif.
  • Le stimulus en lui-même.

Les chercheurs utilisent plus le terme renforcement, désignant ainsi l’aspect positif ou négatif de la récompense qui peut finalement être une punition. Ils distinguent donc :

  • Les renforcements positifs qui provoquent la répétition de l’activité qui a déclenché ce renforcement. Ils sont associés à la notion de plaisir.
  • Les renforcements négatifs qui amènent la fuite ou l’évitement de l’activité qui a déclenché ces renforcements.

 

Des recherches menées dans le courant des années 90 ont permis d’identifier un réseau de structures cérébrales à l’origine des renforcements

 

  • Pour les renforcements positifs, ces structures sont situées en position latérale, le long du faisceau médian du télencéphale.
  • Pour les renforcements négatifs, les structures sont situées en position médiane et sont périventriculaires.

Trois systèmes de neurones (dopaminergiques, sérotoninergques et noradrénergiques) interviennent dans la régulation de ce circuit. Le dysfonctionnement de l’un d’entre eux peut être générateur d’addictions. Des travaux ont par la suite permis de mettre en évidence le rôle important de la dopamine. En effet, dans le cas de consommation de drogues, le taux de dopamine augmente fortement dans les synapses d’une région cérébrale faisant partie du système de récompense.

Les comportements addictifs : que se passe-t-il dans le cerveau ?

 

 

 

La dopamine est une molécule appelée neuromédiateur qui module les neurotransmetteurs permettant la communication au sein du système nerveux. Elle impacte directement le comportement. Elle renforce aussi les actions bénéfiques pour soi comme manger un aliment sain amenant une sensation de plaisir. La libération de dopamine dans les synapses pousse le cerveau à répéter les actions qui l’ont amené à la récompense. Elle influe donc directement le système de récompense.

 

 

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Toutefois, le problème des comportements addictifs provient de la mémoire du cerveau. Une fois qu’il a connu une grande sensation de bien-être, il va chercher à revivre cet état. Il faudra alors à nouveau consommer le produit addictif et souvent en augmenter la dose pour recréer l’état dans lequel votre cerveau se trouvait bien.

On parle alors de phénomène de dépendance. Cette dépendance est due à un déséquilibre du fonctionnement neurobiologique à la suite d’une consommation régulière d’une substance psychoactive. Ce déséquilibre entraîne l’envie de consommer à nouveau la substance pour ne pas subir les effets désagréables de l’arrêt de sa prise. Le cerveau souhaite donc retrouver son état normal et non pas se sentir mieux.

 

Et après la compréhension des comportements addictifs?

 

Malheureusement, lorsqu’on s’aperçoit d’une addiction, il est généralement trop tard. Le cerveau est accoutumé du fait de la répétition de la prise de la substance ou d’actions addictives. Les neurones gardent en mémoire la stimulation et une certaine tolérance s’installe ce qui explique l’augmentation des doses pour conserver un même degré de plaisir.

Il est alors important lorsqu’on décide d’arrêter de consommer la substance addictive de faire attention aux deux types de manifestations les plus connues :

  • Le syndrome de manque : ce syndrome est dû à un déséquilibre du fonctionnement des neurones qui se sont adaptés à la présence de drogue.
  • La tendance à la rechute qui est le problème le plus complexe à surmonter, car il résulte du conditionnement subi.

 

Une part de génétique ?

 

Différentes études ont mis à jour qu’il y avait une forte part de génétique dans le mécanisme de l’addiction. Dans certaines familles, on peut parler de « terrain addictif » qui rend plus ou moins vulnérable.

Des études ont été menées sur des souris mutantes auxquelles un gène particulier a été enlevé. Lorsque les chercheurs leur faisaient boire de l’alcool, ces souris semblaient ne pas vouloir en consommer à nouveau, à la différence des souris non mutantes qui buvaient de l’alcool dès qu’elles en avaient à leur disposition. Il a alors été conclu que le gène retiré chez les souris mutantes régulait l’activation des neurones à dopamine.

Cependant, il est important de prendre en compte que les gènes ne sont qu’un facteur parmi d’autres et ne peuvent pas expliquer à eux seuls le phénomène de comportements addictifs.

 

Charlotte Toso L'impact des outils numériques sur le cerveau 2
Rédactrice scientifique


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Bibliographie

  • Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILD & CA), « Comment les substances psychoactives agissent-elles sur le cerveau ? », Que nous dit la science des addictions ?, 2015.
  • Bernard P., Déficiences neurologiques centrales, Licence 3 APA & Santé, UFR STAPS Montpellier.
  • Fédération pour la Recherche sur le Cerveau (FRC), Les addictions.
  • Lalanne L. et al., Réflexion théorique sur la place des mécanismes cognitifs mnésiques et temporels dans l’addiction, L’Encéphale, 2016, vol. 42 (3), p. 264-269.
  • Karila L. et al., Gestion des contingences et addiction à la cocaïne, Alcoologie et Addictologie, 2018, vol. 40 (3), p.245-251.