Vers une conception des électrodes plus durables pour la pile à combustible hydrogène
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Par Mathieu VANGREVELYNGHE, Consultant en financement de l’innovation
La transformation numérique et l’intelligence artificielle (IA) sont des sujets d’intérêts technologiques et de souveraineté majeurs. Pourtant, derrière chaque avancée « smart » se cache une révolution silencieuse : celle du hardware. L’innovation industrielle se joue désormais autant dans la matière, que dans le code.
Dans un monde industriel obsédé par la transformation numérique, le hardware s’impose comme levier majeur d’innovation. Capable de sonder l’infiniment petit (capteurs nanométriques) comme l’infiniment complexe (systèmes avioniques certifiés), il incarne la convergence entre science des matériaux et applications critiques. Pourtant, derrière ce potentiel se cachent des défis technologiques redoutables : miniaturisation extrême, gestion thermique, Interférences électromagnétiques (EMI), certification. Dans ce contexte, comprendre les dynamiques du hardware devient essentiel pour anticiper les ruptures à venir et saisir les opportunités d’un marché en pleine expansion.
Depuis de nombreuses années, le discours dominant place le logiciel, au cœur de l’innovation. L’agilité, la virtualisation, la data ou l’incontournable IA : tout semble se concentrer sur l’immatériel. En témoignent les récents succès de nos licornes du domaine de l’IT. En réalité, cette vision occulte un paramètre déterminant : sans avancée matérielle suffisante, les progrès logiciels finissent par rencontrer des plafonds physiques. Les grands acteurs du cloud l’ont bien compris. AWS, par exemple, conçoit désormais ses propres processeurs (Graviton) et accélérateurs d’IA (Inferentia, Trainium) pour dépasser les limites des architectures généralistes, optimiser la performance par watt et réduire sa dépendance aux fournisseurs historiques de puces.
Autrement dit, l’essor de l’intelligence embarquée et des systèmes autonomes repose sur des fondations matérielles de plus en plus complexes : processeurs hautes densité, capteurs multiphysique, architectures 3D, ou technologies de communication embarquées.
Le hardware n’est ainsi plus un « support », c’est un moteur d’innovation à part entière.
L’industrie électronique vit une accélération spectaculaire de la miniaturisation. Les circuits intégrés contiennent des milliards de transistors. Les capteurs s’invitent dans chaque recoin des appareils. Les calculateurs deviennent des plates-formes autonomes où le traitement temps réel et l’intelligence artificielle cohabitent dans quelques centimètres cubes. Cette course au scaling rencontre toutefois de nouveaux plafonds : le frein principal n’est plus tant le transistor lui-même que l’interconnexion. Dans le même temps, les limites se situent désormais davantage sur la bande passante mémoire et l’énergie par bit déplacé, que sur le seul « nombre de transistors ».
Cette densification n’est pas sans contrepartie. Des difficultés annexes apparaissent :
S’ajoute à cela une attention concernant la sureté qui progresse en même temps que les architectures se complexifient. Ainsi, comment garantir des performances optimales sans compromettre la fiabilité ni la conformité réglementaire ?
Dans l’aéronautique par exemple, l’intégration croissante de modules électroniques intelligents dope les capacités d’analyse et de diagnostics en vol. A l’inverse, elle rend le processus de certification plus long, plus couteux et plus interdépendant. Les ingénieurs se retrouvent à arbitrer entre performance et certifiabilité.
Face à cette complexité, les méthodes de développement évoluent profondément. La séparation historique entre hardware et software devient une fiction coûteuse. Les industriels basculent vers des approches de co‑conception multi‑niveaux, où la modélisation système (MBSE, SysML, VHDL‑AMS, etc.) permet de simuler des interactions physiques et fonctionnelles avant même la fabrication du premier prototype.
Le jumeau numérique du hardware longtemps cantonné aux essais mécaniques s’étend désormais aux architectures électroniques : prévoir la dissipation thermique, anticiper les contraintes électromagnétiques, optimiser les topologies de cartes.
Dans le même temps, des outils d’IA générative commencent à s’inviter dans le design matériel : routage intelligent, optimisation topologique, détection proactive des pannes ou suggestions de modifications de schéma avant passage en production.
Cependant, cette intelligence algorithmique n’a de sens que si elle comprend les contraintes physiques du composant. En d’autres termes, le futur du hardware ne passe pas seulement par le calcul numérique, mais par la capacité à innover et raisonner sur la matière.
Les avancées ne se limitent pas à la conception. Le cœur du hardware évolue également par les matériaux eux-mêmes.
Là où le silicium semblait indépassable, de nouveaux substrats émergent : carbure de silicium (SiC) pour la puissance, nitrure de gallium (GaN) pour les hautes fréquences, nitrure d’aluminium (AlN) pour la dissipation thermique, nouvelles technologies de mémoires permettant une approche « In-Memory Computing ». Ces innovations permettent d’alléger les systèmes, d’accroître la fiabilité et d’améliorer les rendements énergétiques.
Dans l’aéronautique ou le spatial, ces matériaux ouvrent la voie à des composants plus légers, capables de supporter des conditions extrêmes tout en réduisant la consommation électrique, un enjeu majeur pour l’électrification des plateformes et la propulsion hydrogène par exemple.
Autrement dit, l’innovation hardware ne se joue plus seulement dans les laboratoires d’électronique, mais aussi dans ceux des matériaux et des procédés avancés.
Parallèlement à l’évolution des matériaux, le packaging avancé devient un terrain majeur d’innovation : architectures en chiplets, interposeurs 2.5D/3D et intégration de mémoires à haute bande passante (HBM) permettent de rapprocher le calcul et la donnée, de réduire l’énergie par bit transféré et de contourner partiellement les limites de l’intégration monolithique. L’architecture système se pense désormais autant au niveau du package qu’à celui du circuit.
On sous‑estime souvent la difficulté d’intégrer des briques matérielles hétérogènes dans un même système. Chaque composant génère sa propre contrainte : thermique, électromagnétique, logicielle ou réglementaire. Ce n’est pas tant la connaissance technologique qui manque, mais la synchronisation des disciplines.
Aujourd’hui, le principal défi n’est plus d’inventer, mais de concevoir de manière systémique :
Il devient donc nécessaire de réinventer les chaînes de valeur. Il faut faire collaborer dès l’amont les concepteurs hardware, les ingénieurs logiciels, les responsables sûreté, et même les experts en certification.
À l’inverse de la logique de silos, cette co‑élaboration continue est la seule voie vers des systèmes réellement intelligents et fiables.
L’intégration de fonctions d’intelligence artificielle dans les systèmes avioniques ne relève pas d’un simple choix logiciel. Elle pose avant tout des contraintes matérielles et architecturales fortes.
Les systèmes avioniques sont des systèmes embarqués critiques. Ils doivent fonctionner de manière fiable dans des environnements sévères (température, vibrations, radiations). Il faut également répondre à des exigences de sûreté très strictes. Leur développement est encadré par des référentiels de certification exigeants, qui couvrent à la fois le logiciel et le matériel embarqué.
Derrière l’idée apparemment simple de « mettre de l’IA dans un avion », plusieurs réalités industrielles apparaissent.
D’abord, l’IA est gourmande en données. Les modèles d’apprentissage nécessitent souvent des composants spécialisés (FPGA, ASIC, accélérateurs dédiés) capables de traiter de gros volumes de données en temps réel. Or, en avionique, ces composants doivent respecter des contraintes sévères de consommation électrique, de dissipation thermique et de masse.
Ensuite, la contrainte de certification s’applique à l’ensemble de la chaîne technique. L’architecture doit en effet être pensée dès l’origine pour rester vérifiable, testable et conforme aux exigences de sûreté.
Enfin, les architectures modernes de calcul ; multi-cœurs, accélérateurs, systèmes hétérogènes ; rendent plus complexe la démonstration d’un comportement déterministe et maîtrisé, pourtant indispensable dans les systèmes critiques.
En pratique, cela signifie que l’intégration d’IA embarquée dépend moins de la performance brute des algorithmes que de la capacité du hardware à être maîtrisé, analysé et certifiable.
En clair : pour certifier un système avec IA embarquée, il ne suffit pas d’avoir du hardware rapide.
Il faut pouvoir analyser, tester et garantir l’absence d’interférences ou de comportements non déterministes, ce qui est un défi majeur sur des architectures complexes (multi-cœurs, caches, NPU). Le logiciel adapte l’intelligence à la mission, mais c’est le hardware qui rend cette intégration possible dans un environnement strictement normé.
Le monde industriel s’oriente vers une fusion des deux couches : hardware et software. L’embarqué intelligent, ou les architectures adaptatives (FPGA, SoC reconfigurables) incarnent déjà cette hybridation. Chaque innovation dans l’un des domaines relance désormais la recherche dans l’autre.
Les entreprises ne se limitent plus à financer des développements logiciels, mais réinvestissent massivement dans la conception de circuits, les procédés de fabrication avancés et la R&D sur les matériaux à haute performance. Trois axes d’investissement majeurs se détachent :
L’innovation ne se joue pas uniquement dans les lignes de code ni dans les briques matérielles, mais dans leur coévolution maîtrisée.
Les programmes Deeptech de Bpifrance ciblent précisément ces technologies à forte intensité capitalistique . A titre d’illustration, France 2030 finance l’émergence de chaînes souveraines de composants et de procédés électroniques. Pour les acteurs industriels comme pour les financeurs de l’innovation, comprendre cette hybridation devient une condition clé pour identifier les vrais verrous technologiques et les ruptures à fort potentiel.
En conclusion, le vrai verrou n’est plus l’innovation isolée, mais la maîtrise systémique multiphysique certifiable. Il faut donc être capable de concevoir, simuler et valider conjointement électronique, matériaux, puissance, thermique, logiciel et certification, dans un même continuum de décision.
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