De la simulation à l’application : enjeux R&D et financement en modélisation computationnelle appliquée au secteur spatial

Par Christophe AUBE, Program Leader Innovation

Présentation générale du secteur

La chimie du milieu interstellaire vise à comprendre l’origine des molécules observées dans l’espace ainsi que les processus qui gouvernent leur évolution. Cette chimie est fortement influencée par les interactions entre les molécules, les grains de poussière, le rayonnement et les particules énergétiques, notamment les rayons cosmiques. Pour étudier ces mécanismes, les chercheurs s’appuient sur des modèles chimiques détaillés intégrant plusieurs milliers de réactions, qu’elles soient établies expérimentalement ou proposées à partir des observations et des conditions physiques propres aux différents environnements interstellaires. Dans ce contexte, la chimie computationnelle constitue un outil essentiel pour simuler et analyser l’évolution chimique de la matière moléculaire interstellaire, en tenant compte des interactions complexes entre le gaz, les grains, les photons et les particules énergétiques.

Enjeux scientifiques et technologiques de la chimie computationnelle du milieu interstellaire

La chimie computationnelle appliquée au milieu interstellaire représente un domaine stratégique pour la recherche et l’innovation. Elle permet de décrypter la formation et l’évolution des molécules dans l’espace, information cruciale pour les programmes spatiaux et l’astrochimie fondamentale. Comprendre ces mécanismes nécessite le développement de modèles complexes intégrant plusieurs milliers de réactions chimiques, interactions avec les grains de poussière, le rayonnement et les particules énergétiques.

Ces besoins scientifiques se traduisent par des enjeux importants pour la R&D :

  • Innovation méthodologique : création de modèles computationnels capables de gérer des réseaux réactionnels très étendus et des conditions extrêmes ;
  • Capacité de calcul et infrastructures : simulations intensives nécessitant des ressources informatiques puissantes et des logiciels spécialisés ;
  • Validation expérimentale et observationnelle : coordination avec les laboratoires et les missions spatiales pour confirmer les prédictions.

Du point de vue du financement, ces enjeux rendent le secteur attractif pour les agences spatiales, les programmes européens et nationaux, ainsi que pour des partenariats public-privé. Les projets de chimie computationnelle interstellaire combinent recherche fondamentale, développement de méthodes innovantes et applications potentielles en astrochimie et matériaux, offrant ainsi des opportunités de financement ciblées sur l’innovation et l’excellence scientifique.

Ainsi, soutenir cette discipline permet de faire progresser la connaissance de l’univers, tout en stimulant la capacité technologique et la compétitivité scientifique dans un secteur où l’interdisciplinarité (chimie, physique, informatique, spatial) est un facteur clé de succès.

Évolutions récentes

La chimie computationnelle appliquée au milieu interstellaire connaît aujourd’hui une dynamique de forte innovation scientifique et technologique avec les évolutions récentes suivantes :

  1. Observations spatiales avancées : L’arrivée du James Webb Space Telescope permet la détection de nouvelles molécules dans les disques protoplanétaires et les nuages interstellaires. Ces découvertes créent un besoin immédiat de modèles chimiques plus précis, incitant à financer des projets combinant observation, modélisation et validation expérimentale.
  2. Modèles astrochimiques enrichis : L’élargissement des bases de données (p.ex. UMIST) avec des milliers de réactions supplémentaires permet de simuler des environnements interstellaires de manière plus réaliste. Ces besoins en infrastructures numériques et en développement logiciel offrent des opportunités pour des financements dédiés à la R&D computationnelle.
  3. Intégration de l’intelligence artificielle : L’utilisation de modèles d’apprentissage automatique pour accélérer la simulation de réseaux chimiques complexes réduit considérablement le temps de calcul. Cela ouvre la voie à des projets innovants soutenus par des fonds R&D, notamment dans les programmes européens ou collaborations public‑privé.
  4. Études de chimie quantique et prébiotique : L’application de méthodes avancées (DFT, chimie quantique) pour simuler la formation de molécules organiques dans l’espace attire l’intérêt des programmes de recherche fondamentale et d’astrobiologie, qui financent des projets combinant théorie, computation et expériences de laboratoire.
  5. Processus de surface et glaces interstellaires : La prise en compte des réactions sur les surfaces glacées nécessite expérimentation, modélisation et équipements spécifiques, créant des opportunités pour des financements ciblés sur l’innovation expérimentale et computationnelle.
  6. Synergies interdisciplinaires : Les collaborations entre chimistes, physiciens et astrophysiciens favorisent des projets multidisciplinaires, soutenus par des programmes de financement qui valorisent l’interdisciplinarité et l’excellence scientifique.

Chiffres clés

Ce secteur d’activité de niche ne présente pas de données de marché financières spécifiques. Néanmoins, plusieurs chiffres clés peuvent être mis en évidence via les indicateurs de calcul haute performance (HPC) :

 

INDICATEUR CHIFFRE CLE (EUROPE) CONTEXTE
Part du marché HPC mondial ~31 % des installations HPC mondiales Part estimée des installations HPC en Europe, montrant un rôle important pour les simulations scientifiques et espaces
Marché des services HPC en Europe ~12,8 milliards € (2022), prévu à ~21,9 milliards € d’ici 2033 Taille du marché européen des services HPC
Superordinateurs EuroHPC déployés 11 supercalculateurs (fédérés sous EuroHPC JU) EuroHPC JU a déjà commandé 11 superordinateurs répartis en Europe
Exascale en Europe JUPITER — 1 ExaFLOP (peack) — top mondial #4 JUPITER, premier exascale européen, est disponible pour usage scientifique/industriel
Autres supercalculateurs européens notables * LUMI (~539 petaflops) * Arrhenius (>60 petaflops) Autres systèmes majeurs EuroHPC contribuant aux capacités de simulation lourde
TOP500 – superordinateurs en UE Plusieurs systèmes européens dans les 10 plus puissants au monde Supercalculateurs européens (JUPITER, LUMI, Leonardo) figurent dans le Top500
Europe HPC pour recherche & industrie Contribution significative à la recherche et simulations avancées L’Europe investit lourdement dans le HPC pour les sciences, ingénierie, astro‑cherche et chimie computationnelle (via EuroHPC)

Axes d’innovation

L’innovation dans la chimie computationnelle appliquée au spatial combine technologie avancée (HPC, IA, simulation quantique), progrès scientifiques (astrochimie, matériaux avancés), méthodologies optimisées (multi-échelle, automatisation, intégration de données) et applications industrielles concrètes (matériaux, propulsion). Cette combinaison permet de réduire le temps et le coût de R&D, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour l’exploration spatiale et la recherche scientifique.

Innovation technologique

L’innovation technologique dans la chimie computationnelle spatiale repose d’abord sur le calcul haute performance (HPC) et les supercalculateurs exascale, qui permettent d’effectuer des simulations moléculaires et atomiques extrêmement complexes. En Europe, des infrastructures comme JUPITER ou LUMI offrent des capacités massives de calcul, utilisées pour simuler des réactions chimiques dans l’espace, tester des matériaux avancés pour satellites, ou étudier la durabilité de systèmes exposés à des conditions extrêmes.

Parallèlement, l’intelligence artificielle et le machine learning accélèrent considérablement la prédiction des structures moléculaires, des propriétés chimiques et des réactions. Ces méthodes permettent, par exemple, de découvrir rapidement des polymères résistants aux radiations ou des catalyseurs optimisés pour la propulsion spatiale.

La chimie quantique et les simulations quantiques constituent un autre axe d’innovation, offrant la possibilité d’étudier des molécules et réactions chimiques inaccessibles aux méthodes classiques. Cela est particulièrement utile pour modéliser des réactions interstellaires ou explorer des molécules exotiques dans des conditions extrêmes, telles que celles rencontrées dans le vide spatial.

Les plateformes collaboratives et le cloud computing complètent ces technologies, en permettant aux chercheurs de partager des environnements de simulation et de profiter des ressources HPC à distance. L’ESA et la NASA mettent ainsi à disposition des environnements de calcul pour soutenir la R&D spatiale.

Innovation scientifique

Sur le plan scientifique, la chimie computationnelle contribue à l’astrochimie, en simulant des réactions chimiques dans le vide spatial ou dans des atmosphères planétaires. Cela permet de comprendre la formation de molécules complexes sur les comètes, dans la poussière interstellaire, ou dans l’atmosphère de planètes comme Mars.

La conception de matériaux avancés est un autre domaine majeur : la chimie computationnelle permet de prédire le comportement de composites légers et résistants aux radiations, essentiels pour les satellites, panneaux solaires et capsules spatiales. Elle permet également d’étudier les réactions chimiques dans des conditions extrêmes, nécessaires pour optimiser la propulsion ou la conversion d’énergie dans le spatial.

Innovation méthodologique

Méthodologiquement, les innovations incluent la modélisation multi-échelle, qui combine méthodes quantiques, moléculaires et macroscopiques pour étudier de grands systèmes complexes comme les matériaux composites ou les fluides cryogéniques. L’automatisation des workflows scientifiques permet de lancer des milliers de simulations avec peu d’intervention humaine, et l’intégration de données expérimentales provenant de laboratoires ou de missions spatiales permet de valider les modèles et de réduire les incertitudes.

Innovation liée à l’application industrielle

Enfin, sur le plan industriel et appliqué, la chimie computationnelle permet d’élaborer rapidement des matériaux spatiaux, d’optimiser la propulsion et les carburants, de réduire les coûts des missions et de prévoir la synthèse ou détection de molécules interstellaires, utilisée pour interpréter les données spectroscopiques des missions spatiales telles que le JWST ou les rovers martiens.

Politique européenne associée à ce secteur

La politique européenne associée à la chimie computationnelle s’exprime principalement à travers le développement stratégique des infrastructures de calcul (HPC/exascale), le financement de la recherche et de l’innovation (via Horizon Europe), et la formation de talents hautement qualifiés en simulation, IA et quantique. Ces politiques visent à :

  • Faire de l’Europe un leader mondial des technologies de calcul et de simulation avancée ;
  • Supporter des domaines scientifiques et industriels critiques (sciences des matériaux, astrophysique, santé, énergie, spatial) ;
  • Renforcer l’autonomie technologique et l’écosystème d’innovation européen.

Appels à projets en cours du domaine

Appels à projets européens

Les appels à Projets (AAP) passés (dont la date de clôture était située en 2025) ou en cours sont principalement localisés au niveau de l’Union Européenne notamment dans le cadre de l’EuroHPC JU :

Tableau 1 : Etat des lieux des AAP européens passés et en cours

OPERATEUR / FINANCEUR NOM DE L’AAP / PROGRAMME ORGANISMES CIBLES OBJECTIFS PRINCIPEUX DATE DE CLOTURE
EuroHPC Joint Undertaking (EuroHPC JU) / Commission Européenne (Horizon Europe)

EuroHPC Joint Undertaking (EuroHPC JU)

HORIZON‑JU‑EUROHPC‑2025‑INCO‑01 – International Cooperation on Artificial Intelligence Universités, centres de recherche, consortiums européens Soutenir la collaboration internationale HPC‑IA (convergence HPC et IA, modèles GenAI pour science, participation au Trillion Parameter Consortium). 4 juin 2025
EuroHPC JU – AI for Science and Collaborative EU Projects (Access Mode) Chercheurs scientifiques, consortiums collaboratifs Fournir accès aux ressources HPC/IA (GPU/CPU) pour projets scientifiques exigeants. Multi‑dates 2025 (20 juin, 8 août, 10 octobre, 12 décembre)
EuroHPC JU – Development Access Mode Développeurs d’applications HPC, R&D logicielle Tester, optimiser et préparer des applications avant accès HPC en production. 1 janvier – 1 décembre 2026
HORIZON‑JU‑EUROHPC‑2026‑COE‑LH‑01 – Centres d’Excellence & Lighthouse Codes Consortiums de recherche, PME, industriels, centres de R&D Créer des Centres d’Excellence HPC & optimiser des codes HPC/IA pour communauté européenne. 20 janvier 2026
HORIZON‑EUROHPC‑JU‑2024‑BENCHMARK‑05 – Framework HPC & HPC‑AI Benchmarking Chercheurs, développeurs, consortiums techniques Construire un cadre européen de benchmarking pour systèmes HPC & workflows HPC‑IA. 24 mars 2026
Commission Européenne (Digital Europe / EuroHPC) Digital Europe – Centres de compétences nationaux pour le calcul haute performance Centres nationaux de compétences, institutions Renforcer les centres de compétences HPC en Europe (formation, adoption, diffusion tech). 29 septembre 2025
Commission Européenne (Horizon Europe) HORIZON EUROPE – Soutien à l’école d’été internationale HPC – 2025 Universités, chercheurs, écoles Soutenir programmes de formation HPC/transfert de compétences. 1 octobre 2025
HORIZON‑EUROPE‑HORIZON‑JU‑CHIPS‑2025‑IA‑LEAI Entreprises, centres R&D Soutenir IA de pointe et technologies liées aux puces (projets R&D et démonstrateurs). 16 septembre 2025
Horizon Europe – Action gérée indirectement par l’ECCC – 2025 Universités, centres de recherche, entreprises Financer grands projets R&I en compétitivité industrielle (certains sujets outre le HPC/IA). 11 novembre 2025
Commission Européenne (Horizon Europe / EIC) HORIZON EUROPE – Accélérateur EIC 2025 Start‑ups, PME innovantes Soutenir scale‑ups deeptech, y compris IA & tech avancées. 30 septembre 2025

Les AAP EuroHPC JU « Access Mode » (AI for Science & Development Access) offrent des ressources de calcul en nature plutôt qu’un financement en cash — très utiles pour projets intensifs sur chimie computationnelle.

GenAI4EU est une initiative européenne transversale IA générative avec ~700 M€ d’enveloppe à laquelle plusieurs appels (Horizon Europe / Digital Europe / EIC) contribuent, couvrant aussi des secteurs stratégiques (industrie, spatial, etc.) — potentiellement pertinent pour des projets IA et simulation.

Certains appels (ex. HORIZON‑JU‑CHIPS‑2025) ne ciblent pas spécifiquement HPC, mais sont ouverts à l’IA et les technologies numériques avancées utiles à des composants de chimie computationnelle (ex. accélérateurs, architectures, démos).

Il est susceptible que les APP européens fermés puissent être réouverts prochainement.

Appels à projets nationaux

Il n’existe pas à date d’AAP exclusivement nationaux français centrés uniquement sur la chimie computationnelle spatiale, mais plusieurs AAP français / France 2030 / Bpifrance existent sur des sujets voisins (ex. IA, cloud souverain, data, innovation deeptech) qui peuvent être mobilisés via des consortiums ou projets hybrides avec composantes HPC/IA.

Tableau 2 : Etat des lieux des AAP nationaux passés et en cours

NOM DE L’AAP / DISPOSITIF ORGANISATEUR / FINANCEUR OBJECTIFS PRINCIPAUX ORAGANISMES CIBLES PERIODE / CLOTURE
Pionniers de l’IA France 2030 (Bpifrance & partenaires) Soutien aux innovations IA de rupture et aux technologies stratégiques Entreprises, centres R&D 18.09.25 – 09.06.26
Accélération des usages de l’IA générative France 2030 (Bpifrance) Développer et diffuser l’IA générative PME, consortiums Depuis 04.04.24 (calendrier variable)
Transition numérique de la Culture & IA Bpifrance / Banque des Territoires Numérisation + IA pour culture/industrie créative Acteurs culturels 16.05.25 – 16.06.27
Numérique pour l’Exascale (NumPEx) France 2030 Avancer HPC-IA logiciels/data workflows Labos & industriels HPC (Budget/phase en cours)
Fellowship et projets académiques (ex. Hi!Paris) Instituts nationaux Soutien recherche IA & data Chercheurs / académie Dates multiples 2025/2026

Exemple d’un cas d’innovation probant

SPACE : Centre d’Excellence Européen pour les simulations astrophysiques à l’ère exascale

Un projet européen significatif est le Centre of Excellence (CoE) SPACE (Scalable Parallel Astrophysical Codes for Exascale), financé par l’Union européenne dans le cadre d’Horizon Europe et des actions d’innovation HPC. Ce projet vise à ré-architecturer et optimiser des codes de simulation astrophysique pour les supercalculateurs exascale, afin de rendre possible la modélisation de phénomènes physiques d’une grande complexité, précédemment hors de portée.

Objectifs du projet SPACE

Les objectifs de ce projet sont multiples :

  • Re-ingénierie des codes scientifiques lourds : adapter les logiciels existants pour qu’ils exploitent efficacement les architectures HPC exascale (computing massivement parallèle). Ceci est crucial pour des simulations astrophysiques et cosmologiques de haut niveau qui nécessitent une résolution et une échelle de calcul extrêmes. 
  • Interopérabilité logicielle et partage d’algorithmes : le projet promeut le réemploi et la normalisation des outils entre communautés astrophysiques européennes, facilitant les collaborations et réduisant les redondances. 
  • Intégration d’outils d’analyse avancée : il intègre l’utilisation de méthodes de machine learning et visualisation de données à grande échelle, ce qui est essentiel pour interpréter des volumes massifs de résultats issus des simulations exascale. 

Pourquoi c’est une innovation probante

Le projet SPACE illustre parfaitement comment la chimie computationnelle et les méthodes numériques avancées sont mises en œuvre pour résoudre des problèmes scientifiques complexes dans un contexte spatial. En astrophysique et cosmologie, les modèles nécessitent des calculs de champs, de dynamique des plasmas et de chimie interstellaire à des échelles variées — ce qui n’est possible qu’avec des HPC de classe mondiale. La réingénierie des codes pour exascale améliore directement la capacité de prédiction scientifique et ouvre la voie à de nouvelles découvertes en simulant des systèmes inaccessibles à l’expérimentation directe. 

Le budget global de ce CoE est d’environ 8 millions d’euros, dont près de la moitié financée par l’Union européenne. 

Contexte technique et impact

Ce type d’innovation est un bon exemple de chimie computationnelle au sens large, car :

  • Il permet de traiter des interactions physiques et chimiques complexes dans des environnements extrêmes (par exemple les milieux interstellaires ou les plasmas astrophysiques), par le biais de modèles numériques avancés ;
  • Il nécessite l’intégration de modèles multi-physiques (dynamique, chimie, radiatif) ;
  • Il repose sur des infrastructures HPC européennes (exascale et hautement parallèles) qui poussent la frontière des simulations scientifiques.

Lien avec l’infrastructure européenne

Cette innovation se fait dans un paysage européen qui comprend des ressources de calcul dédiées à la recherche spatiale, comme le supercalculateur Space HPC mis en service par l’Agence spatiale européenne à l’ESRIN en Italie. Cette infrastructure fournit une puissance de calcul de l’ordre de 5 petaflops, capable de traiter d’énormes volumes de données et de lancer des simulations complexes, tout en soutenant des applications basées sur l’IA et la modélisation numérique.

Ce type d’infrastructure est directement en lien avec les usages de la chimie computationnelle pour :

  • Simuler des réactions chimiques ou physiques sous des conditions spatiales extrêmes ;
  • Tester virtuellement des matériaux ou des systèmes avant expérimentation physique ;
  • Accélérer le développement de nouvelles technologies spatiales.

Electronic Structure Simulations for Space Materials : Chimie computationnelle appliquée aux matériaux spatiaux

Un second macro-projet européen d’importance stratégique dans le domaine de la chimie computationnelle appliquée aux matériaux spatiaux, dénommé « Electronic Structure Simulations for Space Materials », a pour objectif la prédiction des propriétés de matériaux et blindages en milieu stellaire avec des applications scientifiques et industrielles.

Nous avons choisi ces 3 sous-projets en lien direct avec la chimie computationnelle européenne :

Optimisation assistée par IA des alliages métalliques pour applications spatiales

Une étude récente met en œuvre des techniques d’intelligence artificielle (IA) pour accélérer la prédiction des propriétés mécaniques critiques d’alliages métalliques (Al, Ni, Ti) destinés à des environnements spatiaux exigeants.

Ces modèles évaluent des propriétés comme le module d’Young, la résistance et la conductivité thermique, en exploitant des modèles de machine learning de type random forest et des réseaux de neurones pour capturer des relations non linéaires complexes entre composition et performance du matériau. Ce type de méthodologie permet de dépasser les approches traditionnelles, réduisant considérablement le temps et le coût de designs expérimentaux de matériaux pour lanceurs ou structures spatiales. 

Ce travail illustre une approche computationnelle intégrant HPC et IA pour prédire et optimiser les performances de matériaux métalliques robustes en conditions spatiales (par ex. variations thermiques extrêmes, charges mécaniques, cycles de charge, etc.). L’IA permet ici d’explorer des espaces de conception très vastes, ce qui est essentiel quand il s’agit de développer des matériaux légers mais performants — un enjeu crucial pour les lanceurs et composants structuraux.

Modélisation avancée pour les blindages contre radiations spatiales

Une recherche récente propose un modèle semi-empirique couplé à un algorithme génétique pour l’optimisation des blindages contre radiations en espace profond (deep space radiation shielding). Le modèle introduit une variable physique (densité de protons) pour établir des corrélations entre l’absorption complète de dose et l’efficacité protonique. Il intègre ensuite cette approche dans un algorithme multi-objectif (NSGA-II) pour optimiser masse, épaisseur et dose absorbée des blindages. Les solutions prédictives montrent des erreurs de 6,2 % à 8,2 % par rapport à des simulations lourdes (p. ex. Geant4), ce qui démontre la viabilité de modèles hybrides semi-empiriques + optimisation numérique pour concevoir des blindages plus légers tout en conservant une protection élevée contre les radiations spatiales.

La conception de blindages pour missions spatiales (habités ou robots) est un défi majeur : il faut équilibrer masse minimale et protection maximale contre un spectre complexe de radiations (protons, électrons, rayons X, etc.). Cette étude montre comment des outils de chimie computationnelle et optimisation multi-objectif peuvent éclairer ces décisions de design plus efficacement que des méthodes purement expérimentales.

Méthodes de simulation avancées pour matériaux spatiaux (ESA)

L’Agence spatiale européenne (ESA) intègre dans ses activités de Materials and Processes des méthodes de simulation numérique basées sur la chimie computationnelle, comme la théorie de la fonctionnelle de la densité (DFT) et les équations de Fokker-Planck, pour prédire le comportement atomique, électronique et thermique des matériaux spatiaux. Ces modèles computationnels assistent la sélection de matériaux résistants à des conditions extrêmes (radiation, variations thermiques, corrosion, etc.) et permettent d’anticiper leur réponse physique avant essais physiques coûteux.

Ce type d’approche est au cœur de la chimie computationnelle des matériaux : comprendre et prédire comment les atomes et électrons dans un matériau interagissent sous conditions spatiales permet de concevoir revêtements, alliages et composites mieux adaptés aux défis de l’espace.

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